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Vous allez découvrir ci-dessous un document rare de la deuxième moitié du XIXéme siècle décrivant avec précision le déroulement d’un concours colombophile, cela bien avant l’apparition des premiers constateurs. Bonne lecture…



 Voici quelques détails sur l’organisation de ces courses.
 
L’initiative des courses appartient aux sociétés, lesquelles doivent, par tête de pigeon engagée, un droit fixe : partie pour couvrir les frais de transport et d’autres, partie pour constituer un nombre de prix qui représente, d’ordinaire, un peu plus de 10% du total des concurrents. C’est une bonne fortune, assez fréquente d’ailleurs, quand, au montant de ces poules, quelque ville ou quelque grande administration ajoute des médailles, des objets d’art, etc., d’une importance parfois considérable.

Quand une société veut offrir un concours, elle dresse un règlement spécial en déterminant les conditions les plus minutieuses, et elle les publie par le journal et par l’affiche.

 
L’INSCRIPTION ET LE DEPART.

 

Tout amateur qui veut concourir doit apporter, au siége de la société, les pigeons qu’il engage, et déposer la mise stipulée. Chaque pigeon est inscrit sur un registre « ad hoc » , sous un numéro d’ordre secret , avec indication de ses signes particuliers, de son age et du nom des son propriétaire. Puis il reçoit, sur la face interne de l’aile, non seulement, l’empreinte du numéro d’ordre qui vient de lui être assigné, mais encore le timbre de la société et celui de trois représentants de sociétés étrangères chargés de contrôler les opérations.

La marque que ces derniers impriment reste un mystère pour tout le monde jusqu’au retour des voyageurs. Après quoi, sous les yeux même du propriétaire, il est fermé dans la grande banne d’où il ne sortira plus qu ‘au moment du lâcher. Aussitôt que la banne à reçu le nombre de pigeons qu’elle peut contenir, elle est close et plombée. Enfin, les inscriptions achevées – toujours en une seule séance – et toutes les bannes prêtes, on les envoie au chemin de fer, pour être dirigées sur le lieu de lâcher. Sceaux, marques et timbres sont enfermés dans une boite que l’on cachéte et qu’on ouvrira seulement le jour des prix, en assemblée publique.


LE LACHER

 

Les pigeons sont arrivés à bon port. Voici le moment du départ. Toutes les bannes sont alignées sur un seul rang. Prés de chacune d’elles un homme se tient. L’ordonnateur frappe dans ses mains ; c’est le signal :une !…deux !…trois !… Dans un seul mouvement, les bannes se sont ouvertes. Tout de suite les pigeons s’élancent, d’abord rasant le sol comme une nappe de plumes chatoyantes, qui se déroule soudain… Puis, tous ensemble, ils s’élévent, montent, tournoient et disparaissent.

 

LE RETOUR

 

Il s’agit maintenant pour la société initiatrice de connaître exactement l’heure de retour de tous ces voyageurs, appartenant à tant de colombiers divers, et de distribuer, le plus équitablement possible, des récompenses entre les plus rapides. Voici comment on agit. Supposez la ville où s’est ouvert le concours, divisée en un certain nombre de cercles du même diamètre. Au centre de l’un d’eux est le siége colombophile. Au centre de chacun des autres et sur la voie publique, se tient un délégué, muni d’un chronomètre réglé sur celui de la société et enfermé dans une boite vitrée, close et scellée. Tout pigeon voyageur, de retour en temps utile, doit être présenté, vivant, soit au siége de la société, sois à l’un des susdits délégués. L’heure de la présentation est immédiatement enregistrée, minutes et secondes, sous le contrôle du public. Puis, quand l’instant indiqué par le règlement comme limite extrême du concours et venu, on centralise au siége de la société toutes le feuilles d’enregistrement, et le classement commence.

Mais des colombiers participent au concours, qui sont plus ou moins éloignés de la ville. Pour ceux-là, le délégué officiel est le chef du bureau télégraphique le plus proche, qui transmet par télégramme l’adresse de la société, l’heure précise à laquelle tel pigeon, ayant tel plumage et portant tel numéro, lui a été présenté. Pour ceux qui n’ont pas de télégraphe à leur disposition, une bonification de trois minute par kilomètres à parcourir pour l’apporter au siége de la société. Mais comme la distance du point de départ aux lieux d’arrivée est extrêmement variable, on détermine la distance, à vol d’oiseau, entre la ville où le lâcher a eu lieu et la ville qui offre le concours. Alors l’heure réelle de la présentation des pigeons étrangers est , au classement, soit diminuée de trois quarts de minute par kilomètre parcouru au plus, soit augmentée d’autant par kilomètre en moins. Le pigeon qui, revenant de voyage, touche son colombier, n’y rentre pas toujours immédiatement. Or, le point important pour le colombophile est précisément d’arriver à saisir son élève le plus tôt possible, afin de faire, sans perdre de temps, constater le retour.

-On a vu jadis qui l’abattaient d’un coup de fusil. C’est pourquoi les règlements actuels exigent la présentation du pigeon…vivant !. D’ou une foule de systèmes différents pour amener le voyageur à rentrer, c’est à dire à se laisser prendre. La difficulté est la même pour chaque amateur. Chacun la résout à son grés. Voyons seulement comment les choses se passent dans les conditions de rentrée les plus favorables.

Le happeau est ouvert. Les faces de l’avant et de l’arrière de l’attrape, qu’on avait supprimée, ont été remises en place. Mobiles , elles se meuvent par rapport au colombier : celle de fond, de dehors en dedans ; celle de devant, du dedans en dehors. Après avoir rôdé quelque peu sur les toits, le voyageur harassé se pose sur la planche. Le maître, qui se tient caché, tire la corde, le happeau se relève et le pigeon ne peut plus s’envoler. Il ne songe plus d’ailleurs, qu’à revoir son gîte. Aussi pour y pénétrer, pousse t’il la face d’arrière de l’attrape, qui se relève pour le laisser passer et retombe derrière lui. Le voici dans la cage. Le maître accourt, soulève la face antérieure de l’attrape et saisit le pigeon.

Dans certains colombiers bien organisés, on a supprimé le happeau et on laisse la face extérieure de l’attrape complètement ouverte. Le pigeon entre. La cage se referme automatiquement. L’oiseau s’avance. Sous son poids, le plancher mobile trébuche légèrement, un courant électrique s’établit, et une sonnerie, établie dans le cabinet du maître, l’avertit du retour de son élève. L’amateur bondit, grimpe quatre à quatre au colombier, ouvre l’attrape et saisit le pigeon. Le pigeon pris, on le met dans un petit panier d’osier, dont la partie supérieure est d’étoffe et se ferme au moyen d’une coulisse. Le maître descend alors rapidement et jette le panier à un coureur, qui se tient sur la dernière marche de l’escalier. L’homme prend le panier entre ses dents, les jambes à son cou et file jusqu’à ce qu’il ai rencontré un camarade, placé un peu plus loin, qui saisit le panier pour aller le transmettre à un troisième, et ainsi jusqu’au délégué de la société qui offre le concours. Des communes voisines, c’est à cheval qu’on accourt. Gagner une seconde, tout est là ; c’est souci perpétuel de tout colombophile sérieux. Pour éviter la perte de temps que nécessite le descente d’un escalier, on à recours, dans certains pigeonniers, au moyen suivant : Le premier coureur attend au seuil de la maison ; un ami se tient à deux pas, sous la fenêtre la plus proche du colombier ; le maître est en haut. De la fenêtre aux mains de l’ami, une ficelle est tendue. A la coulisse des paniers, un anneau est fixé, le pigeon, une fois dans le panier, le maître passe l’anneau dans la corde, le pigeon descend, l’ami le reçoit et le remet au coureur, qui part aussitôt. Tout cela demande de dix à douze secondes au plus.

La course est close. Nous somme maintenant au siége de la société. Une ou plusieurs bannes oblongues, divisées en compartiments de 25 centimètres, sont installées dans la salle de réunion. Elles ont une largeur équivalente à la longueur d’un pigeon. Les compartiments portent, à partir de la gauche, une suite de numéros correspondants au nombre de prix annoncés. Dés que l’identité d’un pigeon à été constatée par la conformité des empreinte qu’il porte à l’aile, avec les indications fournies par le registre d’inscription, on le renferme dans le compartiment auquel lui donne droit son rang d’arrivée. Puis tous télégrammes reçus, toutes réclamations jugées, le classement est définitivement arrêté. Les pigeons sont alors remis à leurs propriétaires respectifs, les résultats du concours sont rendus publics, avec spécification des moindres détails propres à édifier les intéressés. Enfin, on procède à la distribution des prix…